Le Dr Yanick TIROLIEN Néphrologue Clinicienne à l’hôpital privé de Marne-la-Vallée en Île-de-France dédie une partie de son temps à des recherches sur l’impact de la maladie rénale sur les populations issues des ACP, ce nom donné par l’Union Européenne anciennement dénommés: Pays en voie de développement, départements, territoires et régions d’outremers. 

Hantée tout au long de son parcours universitaire et professionnel par la question de l’impact majeur de la maladie rénale tropicale, elle a consacré une partie de son temps à des recherches personnelles pour mieux comprendre les effets de la maladie sur ces populations.

Dr Yanick Tirolien, Néphrologue et fondatrice de l’association ACAPA Rénal

De la médecine générale vers une néphrologie engagée

J’ai eu la chance d’avoir pu débuter ma carrière et mes stages d’interne dans les services d’urgence de réanimation au Centre Hospitalier Universitaire de Pointe à Pitre à la sortie d’un stage d’externe dans le service des maladies tropicales de Bichat Claude Bernard. 

Travaillant dans l’hexagone sur des problématiques de maladies tropicales, j’ai très vite voulu comprendre les particularités de ces lieux géographiques ( Afrique, Caraïbes,  Pacifique ). En effet cet environnement spécifique brouille les pistes ce qui entraine des  manifestations de la maladie très différentes de celles observées quotidiennement dans les services.

Ma thèse de médecine qui m’ a valu le titre de “Lauréate de la Faculté de Médecine de Paris” a porté sur un cas de dengue avec des manifestations hémorragiques abîmant pour un temps les reins d’un jeune qui s’est retrouvé en réanimation du CHU de Pointe-à-Pitre. 

Dans le cadre de la préparation du diplôme de Réanimation néphrologique à l’université de Paris VI, j’ai eu l’occasion d’étudier l’arrêt de la fonction rénale d’un jeune homme de 18 ans après avoir contracté la leptospirose, une bactérie inconnue de la métropole mais faisant régulièrement des ravages aux Antilles.

Mon entrée dans la carrière fut donc marquée par de longues recherches d’articles dans des revues et périodiques internationaux allant de l’Afrique aux Antilles, de la Réunion en  passant par l’Asie pour trouver les caractéristiques de ces populations que je croisais soit dans leurs pays d’origine ou en France Hexagonale. J’ai rencontré la néphrologie sur le terrain Guadeloupéen où j’ai eu la responsabilité d’un centre de dialyse situé sur l’île de Marie-Galante. C’était pour la plupart des jeunes patients qui ont appris l’existence de la maladie rénale lorsqu’on leur a annoncé que leurs reins ne fonctionnaient plus. 

Combien de combats menés contre des personnes pour leur faire comprendre qu’une hypertension artérielle n’était pas signe de vigueur et de super forme, mais au contraire une importante menace. 

Exemples de préparation de remèdes traditionnels « rimèd razié » à base de plantes et écorces médicinales

En prescrivant les traitements, combien de fois j’ai dû entendre que le médicament avait peut être marché, mais que c’est en fait la puissance de “ l’herbe médicinale “ qui avait fait tout le travail et de voir maintes et maintes fois qu’ils avaient abandonné les médicaments pour poursuivre comme on dit en créole le “ rimed razié ”( plantes médicinales). 

Quant au diabète, je l’ai rencontré au travers de ce nombre impressionnant de patients dans les centres de dialyse qui ne faisaient pas le lien entre les tubercules, féculents et le riz, qui sont la base quotidienne de l’alimentation des tropiques, avec leur glycémies ne descendant pas du plafond. Les patients pensaient que le traitement médicamenteux devait corriger la maladie sans qu’ils n’aient à y mettre du leur. 

Passer six années de 2013 à 2019 en tant que néphrologue au centre de transplantation des Antilles-Guyane du CHU de Pointe-à -Pitre m’a encore remise au cœur de la réalité néphrologique de la région. Une distance de 8000 km et un décalage horaire de 6 heures séparent le centre de décision, l’agence de la Biomédecine en île de France. De cet endroit partent les ordres pour coordonner la venue de patients appelés pour une greffe rénale au sein de l’unité de transplantation en Guadeloupe. 

Ces derniers venant de Guyane, de ses frontières le Surinam, du Brésil, de Saint Martin, Saint Barthélemy, Marie Galante, Martinique, des Saintes, de la Désirade.

Le miracle de l’outil informatique, du logiciel Cristal, des fax, des mails, de Whatsapp, finissait par rendre toutes ces aventures possibles. 

Patient en consultation

Chaque patient était la répétition d’une histoire de la perte totale de sa fonction rénale parfois pour des motifs évitables. Une personne qui avait déjà une fragilité rénale et qui s’est gavée de caramboles parce qu’elle ne savait pas la toxicité de ce fruit dans ces circonstances. Pire encore, des personnes qui avaient eu la chance d’avoir été greffés d’un rein mais qui l’ont rejeté parce que leurs habitudes de vie qui avaient conduites à la faillite rénale étaient restées après la greffe du nouveau rein. Beaucoup de ces situations auraient pu être évitées si l’information, le conseil, l’éducation par des professionnels de la néphrologie avaient été accessibles. 

De nouveau de retour dans un centre de dialyse en région parisienne, je retrouve ces mêmes histoires de vie, d’us et de coutumes chez la plupart des patients. De plus,lors de la journée de la Francophonie organisée par la Société Nationale Française de Néphrologie Dialyse et Transplantation (SNFDT), le Webinaire du  22 février 2022 a permis d’assister à la conférence du Professeur François KAZE du Centre Hospitalier Universitaire de Yaoundé au Cameroun. Il a fait le point sur la maladie rénale et la présentation aussi catastrophique qu’elle revêt dans les pays d’Afrique. 

Il a expliqué pourquoi il y a autant d’originaires de tous ces pays au sein des centres de dialyses occidentaux. 

La Maladie rénale dans les zones tropicales est de gravité croissante car il y a une coexistence de maladies transmissibles persistantes et des maladies non transmissibles en progression d’après ce que dit le registre Rein pour la France concernant les DOM-TOM-POM. 

Cette maladie rénale constitue un lourd fardeau familial, social et gouvernemental lié à sa prise en charge et aux peu de moyens disponibles au sein de ces pays. 

Néanmoins, en prenant l’exemple du continent Africain, certains pays ont réagi en ciblant leurs interventions sur des programmes de prévention, notamment par le biais de la diététique. 

Pour reprendre les propos du Pr. KAZE , « En Afrique, nous avons la pratique sur des interventions diététiques sur le terrain qui nous permettent de revenir à l’alimentation de nos grands parents qui était une alimentation relativement saine, basée sur un régime pauvre en sel, réduit en graisses saturées et riche en protéines d’origine végétales.»

Des changements de comportements sont aussi attendus vis-à-vis des toxiques médicamenteuses liées aux problèmes particuliers des faux médicaments vendus sur le marché noir, de la mauvaise utilisation de la pharmacopée traditionnelle qui s’étend également à l’utilisation d’herbes endémiques.

 J’ai consacré trois ans, de 2012 à 2015, à apprendre auprès de l’équipe du Pr HAYMAN à l’Université Paris VI la part des désordres métaboliques sous tendant les maladies rénales et ses comorbidités. Ces années ont été finalisées par l’obtention du  diplôme de Prise en charge métabolique et du DU de Lithiase rénale.

Cela ne pouvait pas aller sans une connaissance pratique des aliments et produits mis dans l’assiette qui sont à l’origine de tant de ces désordres au sein de l’organisme.

 C’est ainsi que je me suis retrouvée l’année suivante avec le Dr PLUMEY pour suivre sa formation à la nutrition qu’elle délivrait à L’EPM.

Enrichie par l’expérience de ces années passées, en particulier par celles de ces temps post Covid, j’ai compris qu’il faut  prendre en charge autrement les patients en gommant tous facteurs d’éloignement afin de leur donner des outils facilement accessibles pour qu’ils apprennent à éviter ce qui est évitable pour leur santé rénale et leur vie. 

Ma démarche avait déjà démarré en 2014 en comprenant la place de la télémédecine dans l’organisation future de la santé et en passant donc le diplôme de télé médecine de l’université de Montpellier, couplé à l’obtention d’un diplôme d’éducation thérapeutique des maladies chroniques de l’ Université Paris VII pour être efficace et avoir les moyens d’interventions futures sur les problématiques de la santé rénales des personnes issues des ACP.  

 Dr Yanick TIROLIEN

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